Le lendemain matin, alors qu’ils se préparaient pour prendre le petit déjeuner, le téléphone de Sébastien sonna.
— Je suis désolé, je dois répondre, c’est mon chef.
Lise fronça les sourcils.
— Ton chef… sur ton téléphone personnel ?
Sébastien ne l’entendit pas, déjà prêt à répondre au téléphone, et s’isola. Lise chassa tant bien que mal ses inquiétudes et continua de se préparer pendant que Sophie jouait avec ses peluches au pied du lit.
— Ma chérie ? A ton tour maintenant ! Tu viens me rejoindre dans la salle de bain ?
Sophie sautilla jusqu’à elle dans son petit pyjama de fée. Lise l’aida à enfiler sa tenue, une robe pull aux tons bleutés parsemée de petits flocons de neige.
Installée sur une chaise devant un miroir ancien encadré de quelques branches de lierres, Sophie laissa à sa mère le soin de coiffer ses longs cheveux châtains.
— Maman, on pourra aller dans la forêt aujourd’hui ? J’aimerais beaucoup aller voir les elfes !
Lise haussa un sourcil.
— Les… elfes ?
Sophie la regardait à travers le miroir comme si c’était la chose la plus évidente au monde.
— Je t’en ai parlé avec papa hier ! Y avait des elfes dans le jardin et Nathie a dit qu’il y en avait tout plein d’autres dans la forêt.
Elle tourna vivement la tête vers sa mère.
— Je veux aller les voir. Dis maman, on peut y aller, s’te plais ? supplia-t-elle, les yeux brillants.
Ne l’ayant pas vue venir, Lise manqua de lui donner un coup de peigne sur la tête.
— Tiens-toi tranquille pendant que je te coiffe !
Sophie se replaça correctement sur sa chaise.
Pourquoi était-elle si obnubilée par les elfes depuis leur arrivée dans les montagnes ?
— Nous pourrons peut-être y aller tout à l’heure, si ton père est d’accord.
Les ombres semblaient laisser sa fille tranquille depuis qu’elle s’était focalisée sur les elfes. Comment réagirait-elle quand leur non présence lui deviendrait évidente ?
— Mais il faut que tu saches qu’on ne verra peut-être pas d’elfes, même si on va dans la forêt, ajouta Lise, espérant diminuer par ses paroles l’inévitable déception de Sophie le moment venu.
Elle ne répondit pas. Lise posa le peigne sur la commode et commença une tresse dans les cheveux de sa fille.
— Surtout ne bouge pas, sinon la tresse sera ratée.
Pour Sophie, rester immobile relevait d’un exploit, elle qui gigotait tout le temps dans tous les sens. Elle fit de son mieux, le regard fixé sur les mains de sa mère à travers le miroir. Lise noua la tresse à l’aide d’un élastique à cheveux.
— C’est terminé !
Enfin libérée de son supplice, Sophie sauta hors de la chaise. Son père choisit cet instant pour réapparaître, le regard sombre.
— Papa !
Elle se rua sur son père qui la prit dans ses bras. Lise s’approcha d’eux.
— Une urgence au boulot. Je dois impérativement la traiter aujourd’hui.
— Même à Noël tu as travaillé, répondit Lise peu surprise. Ils ne peuvent pas se passer de toi juste pour quelques jours cette fois-ci ?
— Je suis désolé Lise, je ne peux pas faire autrement. C’est un projet important sur lequel on travaille depuis des mois. Il y a eu un couac que je dois résoudre au plus vite, sinon on perd le projet.
Lise croisa ses bras.
— Et ça ne peut vraiment pas attendre au moins notre retour à Bordeaux ?
— Malheureusement non, dit-il le regard fuyant. La date limite était hier. Si je ne m’en occupe pas ce matin, tout le travail fourni ces derniers mois par mon équipe et moi-même n’aura servi à rien.
Lise soupira. Elle était bien placée pour comprendre, elle aurait réagi exactement de la même manière pour son agence de com.
— Tu viens pas avec nous voir les elfes dans la forêt ?
Seb fronça légèrement les sourcils. Il ne croyait pas à toutes ces choses et n’était pas du tout à l’aise avec l’idée de laisser sa fille y croire. En même temps, il avait conscience que c’était la seule chose qui aidait réellement Sophie à se sentir mieux. Il n’avait pas le cœur, lui non plus, de briser ses rêves, de peur qu’elle ne se renferme à tout jamais dans sa souffrance.
Il secoua la tête puis déposa Sophie au sol.
— Pas cette fois-ci non. Mais promis, demain je viendrai avec toi.
Après un petit déjeuner bien copieux, Lise et Sophie enfilèrent leur manteau.
— Vous vous rendez dans la forêt ? demanda Nathie, les bras chargés de linge.
— Oui, on va voir les elfes et les fées, s’exclama Sophie.
Nathie sourit. Elle s’agenouilla et toucha le bout du nez de Sophie de sa main libre.
— Attention jeune fille, les êtres de la nature ne se montreront pas facilement au premier venu ! Ils doivent se sentir en confiance en premier lieu.
— Eh bah j’espère qu’ils auront pas trop peur de nous alors ! rigola Sophie.
Lise termina de nouer ses lacets.
— C’est parti, lança-t-elle en attrapant son sac à main.
En cette fraîche matinée hivernale, la forêt était bien calme. Des millions de flocons s’accrochaient comme ils le pouvaient aux aiguilles des conifères de toutes tailles. Au sol, un long manteau blanc recouvrait chaque petit coin de terre et chaque petit brin d’herbe.
Lise et Sophie marchaient sur le sentier recommandé par Nathie, leurs pieds s’enfonçant dans la neige à chaque pas.
Sophie lâcha la main de sa mère, d’un air décidé. Elle fouilla derrière chaque pierre encore visible, chaque tronc d’arbre et entreprit même de secouer certains arbustes.
Lise laissa échapper un petit rire. Vu le vacarme qu’elle créait dans ce lieu si paisible, il y avait peu de chance que des êtres, qu’ils soient réels ou imaginaires, ne se présentent. Ils iraient plutôt tous se mettre à l’abri.
Elle appela sa fille qui revint vers elle.
— Il faut que je te dise un petit secret.
Les yeux de Sophie s’agrandirent en deux soucoupes. Lise s’agenouilla et s’approcha de son oreille.
— Si tu veux voir un elfe, chuchota-t-elle, essaie d’être un petit peu plus calme, sinon ils prendront tous peur et partiront vite se cacher autre part.
— Mais…, lâcha Sophie la mine déconfite, je veux pas qu’ils aient peur moi, chuis zentille !
Lise se releva en éclatant de rire.
— Je sais ma chérie mais il faut leur montrer à eux aussi, en étant moins brusque.
Sophie semblait réfléchir aux paroles de sa mère. Elle pencha la tête sur le côté.
— Mais comment je fais maman ?
— Tu peux commencer par les chercher en avançant plus doucement, par exemple ?
— Oh, d’accord.
Sophie repartit dans sa quête. Elle était tellement enthousiaste à l’idée de voir des elfes qu’elle avait beaucoup de mal à calmer son entrain, ajoutant simplement de temps à autre qu’elle était gentille et qu’elle voudrait bien les voir s’ils étaient d’accord pour se montrer.
Soudain, Sophie cria et se jeta sur sa mère. Lise, surprise, écarta les bras pour éviter de tomber puis leva les yeux vers ce qui avait tant effrayé sa fille.
🥰 Wahou quelle belle rencontre !🌿🦄🌲🌼🍃🌾
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